Ô désert, toi qui m'a laissé te traverser, mais qui en échange a conservé mon âme au sein de tes entrailles. Je me sens désormais incomplète dans cette étendue de béton qu'on appelle civilisation.
Mais la civilisation, la vraie, celle que j'ai pris plaisir à découvrir, c'est celle que tu abrites, celle qui se contente de peu pour se suffire et pour qui le superflu est un fardeau dont il faut se délester.
Tant de fois ai-je pensé ô combien j'aurai aimé être de la vague de ces explorateurs du XIXe et du XXe. Seulement à cette époque je n'étais même pas une graine encore germée.
Ce que je retiens de toi en Arabie, ce sont tes couleurs et la poésie de tes Bédouins, alors qu'au Sahara ce sont les languissantes palabres avec tes Touaregs autour du feu tout en dégustant l'élixir vert.
Vous me manquez tellement, ô familles du désert. J'ai besoin de votre chaleur, de votre simplicité, de votre présence, ensemble sous la voûte céleste à déchiffrer les mystères de notre univers.
mardi 23 septembre 2008
lundi 22 septembre 2008
Les montagnards du Yémen - 6ème partie
Notre itinéraire nous conduit à Al-Hoteib, lieu de pèlerinage pour les Ismaéliens. Quelle fut ma surprise à la vue des nombreux pèlerins indiens vêtus de saris aux couleurs chatoyantes, et de cette mosquée d'une douce blancheur qui détonne sur les montagnes brutes qui l'entoure. Ce contraste fut saisissant, mais moins brutal que la rentrée à Sanaa.
A mon arrivée à la capitale, je suffoquais à la vue de la foule qui se pressait dans les souks. J'avais la nostalgie des grands espaces, des rencontres magiques avec les montagnards, qui ont su toucher mon cœur par leur authenticité et leur hospitalité.
Je suis bien heureuse de vous avoir rencontré peuple des montagnes de l'Arabia Felix et sachez que mon enthousiasme est sans égal quand je narre notre rencontre à ceux-là mêmes qui m'avaient déconseillé de vous visiter. Savez-vous ce qu'ils me disent désormais? "Tu as de la chance de les avoir rencontré". Alors, je les encourage de venir à votre rencontre, sachant d'avance quel accueil vous leur réserverez.
Je suis bien heureuse de vous avoir rencontré peuple des montagnes de l'Arabia Felix et sachez que mon enthousiasme est sans égal quand je narre notre rencontre à ceux-là mêmes qui m'avaient déconseillé de vous visiter. Savez-vous ce qu'ils me disent désormais? "Tu as de la chance de les avoir rencontré". Alors, je les encourage de venir à votre rencontre, sachant d'avance quel accueil vous leur réserverez.
Les montagnards du Yémen - 5ème partie
Pour faire un semblant de bonne impression aux femmes, je décide de me présenter avec les quelques mots d'arabe que je connais. "Ismi Naura. Ana fransawiya ya djezaeria." (Je m'appelle Naura. Je suis franco-algérienne). "Muslimi? -Aïwa." (Musulmane? Oui) Par cette dernière affirmation, j'ai gagné le cœur de toutes ces femmes. "Naura, I love you" (Naura, je t'aime) J'entends cette phrase de bouche en bouche, tandis que quelques jeunes femmes s'affairent pour me maquiller, me parer de bijoux tel qu'on le fait à une jeune mariée. Et des "I love you" (Je t'aime) qui fusent dans toute la pièce.
Quand tout à coup Rachid fait son entrée. Il me regarde et éclate de rire. "You're ready for the wedding! Yala!" (Tu es prêtes pour le mariage. On y va !) A mon tour d'éclater de rire. Il me confie que les femmes se sont prises d'amitié pour moi et que cela leur fait tout drôle de rencontrer une Musulmane qui vient de l'étranger et qui ne parle pas l'arabe. Du coup, je me sens un peu honteuse pour le "qui ne parle pas l'arabe". Je me promets alors de faire un effort sur ce point.
Pour l'heure, nous prenons congé de cette famille. Je dis au revoir aux femmes. Nombre d'entre elles se drapent pour m'accompagner à l'extérieur, mais je ne peux plus distinguer leur beaux visages. Toutefois, j'entends distinctement leurs paroles qui me vont droit au coeur: "Naura, I love you!" (Naura, je t'aime) Je suis émue et je réponds par des "I love you too" (Je vous aime moi aussi) Je suis profondément touchée par la rencontre avec ces femmes qui ont accepté de partager un peu de leur quotien avec moi, de me montrer leurs parures de mariage, de m'initier à leurs secrets de beauté. Et Rachid nous a offert une hospitalité digne des grands seigneurs arabes.
Quand tout à coup Rachid fait son entrée. Il me regarde et éclate de rire. "You're ready for the wedding! Yala!" (Tu es prêtes pour le mariage. On y va !) A mon tour d'éclater de rire. Il me confie que les femmes se sont prises d'amitié pour moi et que cela leur fait tout drôle de rencontrer une Musulmane qui vient de l'étranger et qui ne parle pas l'arabe. Du coup, je me sens un peu honteuse pour le "qui ne parle pas l'arabe". Je me promets alors de faire un effort sur ce point.Pour l'heure, nous prenons congé de cette famille. Je dis au revoir aux femmes. Nombre d'entre elles se drapent pour m'accompagner à l'extérieur, mais je ne peux plus distinguer leur beaux visages. Toutefois, j'entends distinctement leurs paroles qui me vont droit au coeur: "Naura, I love you!" (Naura, je t'aime) Je suis émue et je réponds par des "I love you too" (Je vous aime moi aussi) Je suis profondément touchée par la rencontre avec ces femmes qui ont accepté de partager un peu de leur quotien avec moi, de me montrer leurs parures de mariage, de m'initier à leurs secrets de beauté. Et Rachid nous a offert une hospitalité digne des grands seigneurs arabes.
Les montagnards du Yémen - 4ème partie
A l'issue de cette discussion sur le qat, Omar proposa une rencontre avec une famille de sa connaissance, riches propriétaires terriens qui ont fait fortune avec le qat. J'étais bien curieuse de rencontrer cette famille et j'accueilli sa proposition avec un grand enthousiasme. Nous sommes reçus par son ami Rachid, un beau jeune homme de 22 ans, à l'allure de grand prince arabe. Il nous invite à entrer dans la demeure familiale, une splendide maison en briques de terre ornementée de peintures aux formes géométriques et à l'intérieur coquet.
Rachid parle un anglais parfait et "so british". Je lui demande où il apprit la langue de Shakespeare et il m'apprend avec un sourire enjôleur qu'il a une petite amie anglaise. Ses sœurs parlent également l'anglais et j'en conclu que c'est dû aux séjours de cette amie britannique au sein de la famille.
Après le repas, les hommes se retirent dans une salle adjacente pour une séance de qat, tandis qu'on m'invite à rejoindre les femmes à l'étage. Sachant que les "qat party" peuvent durer des heures, je n'étais pas très emballée par la proposition. Je lance une œillade vers Omar, mais celui-ci fait semblant de ne pas comprendre. Rachid n'est pas dupe de mon manège et me confirme que les femmes seront ravie de me recevoir. Il ajoute, en souriant, qu'il passera nous voir un peu plus tard. Je monte donc à la rencontre des femmes.
Rachid parle un anglais parfait et "so british". Je lui demande où il apprit la langue de Shakespeare et il m'apprend avec un sourire enjôleur qu'il a une petite amie anglaise. Ses sœurs parlent également l'anglais et j'en conclu que c'est dû aux séjours de cette amie britannique au sein de la famille.Après le repas, les hommes se retirent dans une salle adjacente pour une séance de qat, tandis qu'on m'invite à rejoindre les femmes à l'étage. Sachant que les "qat party" peuvent durer des heures, je n'étais pas très emballée par la proposition. Je lance une œillade vers Omar, mais celui-ci fait semblant de ne pas comprendre. Rachid n'est pas dupe de mon manège et me confirme que les femmes seront ravie de me recevoir. Il ajoute, en souriant, qu'il passera nous voir un peu plus tard. Je monte donc à la rencontre des femmes.
Les montagnards du Yémen - 3ème partie
Selon la légende, un berger remarqua le comportement singulier d'une de ses chèvres quand elle mangeait les feuilles d'un arbuste particulier. Un jour, il se décida à goûter ces feuilles pour en percer le mystère. Il en prit plusieurs, les mâchonna et découvrit les effets stimulants de la plante.
Toutefois, le qat est surtout consommé pour ses effets euphorisants et similaires aux amphétamines, coupant la faim et la fatigue. Les séances de qat font l'objet d'un véritable cérémonial qui débute l'après-midi pour se poursuivre tard dans la nuit, laissant le pays dans une espèce de léthargie.
Plus le qat est frais, plus les feuilles sont minuscules, et plus le produit est onéreux. Selon Omar, c'est près de la moitié du budget des ménages qui est dépensé dans le qat! Alors que les derniers verres de thé se vident, les hommes commencent à éplucher les feuilles, à les enfourner les unes après les autres dans la bouche, à les mâchouiller d'un seul côté, jusqu'à obtenir une bouillie qui forme une boule proéminente déformant leur joue.
Omar me propose à plusieurs reprises d'essayer, mais je refuse. A force d'insister jour après jour, j'ai bien saisi qu'il ne lâchera pas l'affaire tant que je n'accepterai pas d'y goûter. Alors, je lui demande de me passer une petite branche, j'enfourne une feuille que je mâche un peu, c'est amer, je n'aime pas, je le lui dis et il ne m'en a plus offert.
Toutefois, le qat est surtout consommé pour ses effets euphorisants et similaires aux amphétamines, coupant la faim et la fatigue. Les séances de qat font l'objet d'un véritable cérémonial qui débute l'après-midi pour se poursuivre tard dans la nuit, laissant le pays dans une espèce de léthargie.
Plus le qat est frais, plus les feuilles sont minuscules, et plus le produit est onéreux. Selon Omar, c'est près de la moitié du budget des ménages qui est dépensé dans le qat! Alors que les derniers verres de thé se vident, les hommes commencent à éplucher les feuilles, à les enfourner les unes après les autres dans la bouche, à les mâchouiller d'un seul côté, jusqu'à obtenir une bouillie qui forme une boule proéminente déformant leur joue.Omar me propose à plusieurs reprises d'essayer, mais je refuse. A force d'insister jour après jour, j'ai bien saisi qu'il ne lâchera pas l'affaire tant que je n'accepterai pas d'y goûter. Alors, je lui demande de me passer une petite branche, j'enfourne une feuille que je mâche un peu, c'est amer, je n'aime pas, je le lui dis et il ne m'en a plus offert.
Les montagnards du Yémen - 2ème partie
Omar est un jeune homme énergique de 25 ans, originaire de Djebel Haraz et diplômé en littérature française. Il avait préparé un itinéraire à pied d'une dizaine de jours qui passait par de nombreux petits villages de montagne, dont la plupart n'avaient pas encore été foulés par les étrangers.
Alors que nous entamions la montée au cœur d'une plantation étagée à flanc de montagne, un fait insolite me tracassait. Je m'en ouvrais à mon guide : "Omar, comment se fait-il que seules les femmes travaillent dans les plantations?". Il me répond dans un large sourire : "C'est ainsi chez les montagnards. Les femmes travaillent à l'extérieur, elles sont fortes.". Je me demande quand même où sont passés les hommes pendant ce temps là! La réponse ne tarda pas à tomber, au détour d'une autre question.
"Et Omar, où sont passés tous les caféiers d'Arabie?" Cette fois-ci, il prend un air grave, s'arrête et m'invite à m'asseoir. "Je vais t'expliquer Naura. Pendant longtemps, mon pays exportait le café, qui était d'ailleurs notre produit phare. Mais avec la chute du prix des matières premières, le Yémen s'est appauvrit et ne pouvait plus compter sur les ressources tirées du café. Alors, de nombreux propriétaires terriens se sont tournés vers une culture plus lucrative, celle du qat. D'ailleurs les hommes de ce village sont partis ce matin jusqu'à Sanaa pour vendre leur production." Je lui demande de me parler plus amplement du qat et il m'en conta la légende.
Alors que nous entamions la montée au cœur d'une plantation étagée à flanc de montagne, un fait insolite me tracassait. Je m'en ouvrais à mon guide : "Omar, comment se fait-il que seules les femmes travaillent dans les plantations?". Il me répond dans un large sourire : "C'est ainsi chez les montagnards. Les femmes travaillent à l'extérieur, elles sont fortes.". Je me demande quand même où sont passés les hommes pendant ce temps là! La réponse ne tarda pas à tomber, au détour d'une autre question."Et Omar, où sont passés tous les caféiers d'Arabie?" Cette fois-ci, il prend un air grave, s'arrête et m'invite à m'asseoir. "Je vais t'expliquer Naura. Pendant longtemps, mon pays exportait le café, qui était d'ailleurs notre produit phare. Mais avec la chute du prix des matières premières, le Yémen s'est appauvrit et ne pouvait plus compter sur les ressources tirées du café. Alors, de nombreux propriétaires terriens se sont tournés vers une culture plus lucrative, celle du qat. D'ailleurs les hommes de ce village sont partis ce matin jusqu'à Sanaa pour vendre leur production." Je lui demande de me parler plus amplement du qat et il m'en conta la légende.
Les montagnards du Yémen - 1ère partie
Quand je pris la décision d'aller à la rencontre des montagnards du Yémen, j'ai fait face à un tollé de protestations visant à me dissuader d'entreprendre un tel voyage. "Si tu pars pour ne plus revenir, alors tu as choisi le bon pays!" Ou encore : "Il t'arrives parfois de lire les bulletins d'alerte du Ministère des Affaires Etrangères?".
Bref, après avoir passé outre les avis divergents, me voilà partie pour Sanaa. Le dépaysement est total! En apercevant les maisons de la vieille-ville en forme de "tours en pain d'épice", je me croyais évoluer dans l'imaginaire de Hansel et Gretel. J'étais éblouie par ce décors de conte de fée.
En outre, la présence de ces hommes moustachus vêtus de leur longue tunique d'une blancheur éclatante sur laquelle trône fièrement la jambia, le couteau traditionnel porté par les Yéménites, m'inspirait à la fois une crainte et une fascination pour ce peuple. Parmi eux, je retrouvais mon guide, Omar.

Bref, après avoir passé outre les avis divergents, me voilà partie pour Sanaa. Le dépaysement est total! En apercevant les maisons de la vieille-ville en forme de "tours en pain d'épice", je me croyais évoluer dans l'imaginaire de Hansel et Gretel. J'étais éblouie par ce décors de conte de fée.En outre, la présence de ces hommes moustachus vêtus de leur longue tunique d'une blancheur éclatante sur laquelle trône fièrement la jambia, le couteau traditionnel porté par les Yéménites, m'inspirait à la fois une crainte et une fascination pour ce peuple. Parmi eux, je retrouvais mon guide, Omar.

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